LES PRIX ET LE POUVOIR D’ACHAT
Les prix grimpent. Sur le long terme, de nombreux prix baissent, mais l’observateur constate généralement, sur le court terme, l’inverse. Les apparences sont mauvaises conseillères. Nous avons vu que l’inflation est l’une d’entre elles. C’est pourquoi les prix, calculés en monnaie courante, donnent l’impression de monter, alors qu’à la vérité, c’est le pouvoir d’achat de la monnaie qui diminue.
D’une façon générale, les prix de chaque bien et service produit évoluent selon la productivité dégagée dans le temps. Ainsi le prix des automobiles n’a cessé de baisser depuis cinquante ans tandis que celui d’une coupe de cheveux stagne depuis un siècle. Les gains de productivité du secteur secondaire furent, durant ces dernières décennies, conséquents, alors qu’ils furent quasiment nuls dans certaines branches du tertiaire. Il en est de même des prix des biens du secteur primaire qui évoluent en fonction des progrès enregistrés dans les modes d’exploitation. Ces prix évoluent également en fonction des fluctuations de la relative rareté ou abondance des matières premières utilisées.
Mais, quand bien même la stabilité globale de l’ensemble des prix des biens et services seraient assurée sur le marché intérieur, la hausse des prix de matières premières, produits semi-finis ou services importés peut également faire grimper les prix des biens et services dans lesquels ils sont incorporés. Ce fut, par exemple, le cas avec les hausses du prix des produits pétroliers, en 1973 et 1979, qui renchérirent l’ensemble des prix des biens et services. La stagnation du pouvoir d’achat salarial des agents économiques, voire l’accroissement de leurs prélèvements sociaux ou fiscaux, peut, d’autre part, réduire leur niveau de vie et donner l’impression que le coût de la vie augmente. Cette nouvelle impression n’est qu’à moitié fausse, car si le prix unitaire de chaque produit n’augmente pas, il n’en est pas de même du coût de la vie sociale, c’est-à-dire en société.
Enfin et surtout, la valeur des fonds propres d’une entreprise (capital social et dette) est garantie par la valeur de sa production. A volume identique, une baisse de cette valeur engendrerait mécaniquement une baisse des fonds propres de cette entreprise. Cette moins value inciterait alors les apporteurs de capitaux, actionnaires et prêteurs, à investir dans une autre entreprise. C’est pourquoi une baisse de valeur de chaque prix unitaire des biens et services produits doit être compensée par un accroissement en volume de la vente de cette production.
Mais cet accroissement en volume de la production ne sera possible que si des débouchés effectifs ou potentiels, c’est-à-dire de nouveaux marchés sont reconnus. L’entreprise doit donc, afin d’accroître ses parts de marché et d’en capter de nouveaux, l’entreprise doit dégager une productivité suffisante capable de réduire ses coûts de production dont notamment la masse salariale. Comme la réduction de la masse salariale va diminuer la solvabilité du marché interne, le concours palliatif du crédit bancaire ex nihilo et le commerce extérieur seront encouragés.
Ainsi, les échanges internationaux qui se développèrent dès le XV e siècle, soutenus par les grandes découvertes et les théories mercantilistes, s’accélèrent aujourd’hui avec la mondialisation financière. Ainsi, le crédit ex nihilo, contenu jusqu’à la fin du XIX e siècle par la digue protectrice de la contrepartie aurifère que possédait la monnaie, s’est accru dès la première partie du XX e siècle avec l’introduction de la monnaie scripturale, pour représenter de nos jours 85 % environ de la masse monétaire (cf. Tableau VII infra).
Mais le commerce extérieur exige que les biens et services proposés sur des marchés ouverts à la concurrence soient compétitifs. Les entreprises s’attachent à en réduire les coûts de production, et notamment la masse salariale ; alors qu’inversement, le crédit bancaire ex nihilo les surenchérit. La demande globale des consommateurs est ainsi amputée d’une partie de la masse salariale et du coût du remboursement des crédits, c’est-à-dire des intérêts composés qui peuvent aller jusqu’à représenter la même valeur que le capital lui-même. Il en résulte une confrontation permanente des agents économiques et une diminution générale du niveau de vie qui ne peut être compensée, toutes choses égales par ailleurs, que grâce au progrès de la productivité.
Nous nous apercevons donc, à l’énoncé de ces différents paramètres, que l’évolution des prix résulte de la confrontation de plusieurs variables aux effets opposés qui peuvent affecter l’ensemble ou une partie de la production, une branche de celle-ci, un seul bien ou service produit, ou même une seule unité de production. C’est pourquoi la stabilité de l’indice global des prix n’interdit pas d’observer des variations, autre que saisonnières, sur les prix de certains biens en fonction de la productivité dégagée lors du cycle productif, des aléas des marchés ou des contraintes importées.
Bien sûr, la répercussion d’une hausse des prix n’ait rien de mécanique, on peut imaginer que les entreprises l’absorbent sans modifier leur prix de vente ; mais encore faut-il que l’investissement autofinancé n’en pâtisse pas et que les entreprises soient assurées de rattraper cette perte par des gains de productivité futurs qui ne pourront donc pas être distribués aux salariés. Il s’agit donc là, pour l’entreprise et du point du vue micro économique, d’un jeu à somme nulle où les gains de productivité viennent annuler les effets d’enchérissement du financement externe des charges financières qu’exige le crédit bancaire, ou des matières premières et produits semi-finis incorporés dans la production, ou des charges sociales que supporte la masse salariale. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une annulation pour l’économie nationale, car, du point de vue macro-économique, dire que la productivité annule les effets d’enchérissement de la masse salariale revient à dire que la productivité autorise la réduction de celle-ci, autrement dit réduit le volume d’emplois et d’effectifs qui compose celle-ci. Plus la productivité croît, plus l’emploi décroît sans pour autant que ce dernier se déverse sur d’autres secteurs.
Cependant, il ne peut être question de comprimer la productivité, sauf à accepter une réduction drastique du pouvoir d’achat ; mais il convient d’en sociabiliser les effets afin qu’adossés arbitrairement, par une espèce de droit d’aubaine, à un secteur productif, à une activité ou à un espace, au détriment de tel autre, ils puissent profiter à tous sans pour autant exiger des déracinements destructeurs, avilissants et engendrer, en définitive, l’exclusion. C’est l’objectif du second procédé d’émission monétaire créditiste.
LE MECANISME D’EQUILIBRE CREDITISTE
Le second procédé d’émission monétaire créditiste peut se présenter comme un instrument de régulation des prix, comme un mécanisme d’ajustement et d’amortissement des différentes variables et contraintes internes et externes qu’ils incorporent. En période d’équilibre de ces différentes variables, il peut s’inscrire comme un instrument de baisse des prix.
De quoi s’agit-il ? Louis Even remarquait d’abord : « Il y a des gens qui n’ont pas besoin de tout leur argent pour acheter des produits et qui préfèrent épargner ou en placer. Cela diminue le pouvoir d’achat effectif global ; Seul, l’argent consacré à acheter forme un pouvoir d’achat immédiatement effectif. Pour cette raison et pour d’autres, l’équilibre entre les prix et le pouvoir d’achat n’est pas atteint... Mais le Crédit Social y pourvoit par un mécanisme régulateur qui respecte la liberté de chacun, rend l’épargne des mieux fortunés bénéficiaires pour tous, et en même temps empêche toute inflation des prix ».
Ce mécanisme détruit instantanément et automatiquement les mouvements de hausse des prix observés sur certains produits. C’est un escompte que les producteurs et les fournisseurs vont appliquer sur les prix des biens et services offerts à la consommation, et que la Banque centrale leur restituera par une compensation monétaire équivalente financée sur le crédit social. Les créditistes appelèrent ce mécanisme l’escompte compensé ou le prix ajusté. Mécanisme qui peut également prendre la forme de Bons d’achat. En effet, dans le mode d’émission monétaire créditiste, cette compensation de la Banque centrale aux producteurs et fournisseurs complète, en l’accompagnant, la distribution des dividendes familiaux. Ainsi s’équilibrent et se contrebalancent les pouvoirs financiers des producteurs et des consommateurs.
La nouvelle monnaie de crédit social emprunte deux voies régulant d’une part les prix, et d’autre part, le pouvoir d’achat disponible, en fonction de l’épargne préalablement formée (et investie dans une nouvelle production) et du niveau de croissance observé.
L’émission de la monnaie nouvelle, sous forme de dividende, soutenant la demande, et de compensation, soutenant l’offre, restitue alors en moyens de paiement immédiat une partie de l’épargne investie, à hauteur des prix collectifs à payer pour les biens et services consommables nouvellement produits.
LE THEOREME A + B
Pour illustrer cette technique, nous exposerons à présent le théorème A + B de C.H. Douglas (cf. note 35). Nous commencerons par comparer le pouvoir d’achat effectif, c’est-à-dire les moyens de paiement immédiat dont disposent les consommateurs au prix collectif de la production des biens et services consommables dans le pays, importations et exportations incluses, à un moment T. A cette fin, nous allons décomposer le prix d’un bien en fonction de la vitesse de transformation des valeurs qu’il représente en pouvoir d’achat immédiat. Ce prix se décomposera d’un groupe de valeurs immédiatement convertibles en liquidités. Il s’agira du groupe A comprenant des salaires nets, des appointements, des rémunérations du travail, auxquels nous ajouterons les revenus de la propriété et de l’entreprise qui ne sont pas réinvestis. Ce groupe A est caractérisé par le fait que la monnaie ainsi distribuée apporte au public un pouvoir d’achat immédiat.
A ce premier groupe il conviendra d’ajouter les paiements effectués pour achat de matières premières, achat et entretien de matériel, gestion des stocks, les charges financières et sociales (cotisations salariales incluses), les impôts et taxes, et les bénéfices réinvestis, qui constitueront le groupe B. Ce groupe B se caractérise par le fait que ses valeurs ne se convertissent pas immédiatement en pouvoir d’achat. Il en est ainsi des traites commerciales dont la conversion en pouvoir d’achat immédiat s’échelonnera dans le temps.
Nous pouvons donc dire que le prix collectif de la production est composé des groupes A + B, alors que le pouvoir d’achat immédiat entre les mains du public au temps T, n’est constitué que par le Groupe A. Aussi, A ne peut pas acheter A + B.
Après avoir exposé ce théorème, Douglas concluait : « Le taux de distribution du pouvoir d’achat aux individus est représenté par A. Mais puisque tous les paiements doivent entrer dans les prix, le taux de formation des prix ne peut être inférieur à A + B, une proportion du produit au moins équivalente à B doit être distribuée par une forme de pouvoir d’achat non comprise dans le groupe A » [1]. L’écart récessionniste entre le prix global de la production et les moyens de paiement entre les mains de la population est ici manifeste.
Evidemment, dans l’enchevêtrement des différents cycles de production, les actifs du groupe B écrivent un flux constant et continu et finissent par se transformer en pouvoir d’achat immédiat constituant le groupe A. Mais dans le même temps, le groupe A dessine un flux inverse transformant une partie du pouvoir d’achat immédiat en pouvoir d’achat différé constituant le groupe B ; alors que de nouveaux cycles productifs achevés viennent accroître le prix collectif de la production (A’+B’). Nous nous apercevons ainsi qu’à la première période, la production A + B ne peut être écoulée que par l’appoint, à hauteur de B, de crédit bancaire ; alors qu’à la période ultérieure, la production A’ + B’ ne peut être écoulée qu’avec l’appoint de crédit bancaire à hauteur de A’ - A et B’ ou B ‘’.
Nous pouvons ainsi dire que plus la production s’accroît, plus la monnaie temporaire de crédit augmente. Il n’est, pour s’en convaincre, que de constater qu’à volume identique avant la seconde guerre mondiale, le volume de la monnaie de crédit représente, notamment depuis ces deux dernières décennies, six fois le volume de la monnaie centrale dans le seul agrégat des moyens de paiement immédiat M1 (cf. Tableaux VII).
TABLEAUX VII : MONNAIE DE CREDIT
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Agrégats en % de M 4
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1974
|
1995
|
|
Monnaie permanente : Billets
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14,5
|
4,5
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|
Monnaie temporaire : Dépôts à vue
|
42,4
|
27,9
|
|
Total Billets et Dépôts à vue : M1
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57
|
32,5
|
|
Monnaie temporaire : M4 - M1
|
43
|
67,5
|
|
Masse Monétaire : M4 (*)
|
100
|
100
|
|
en % de M 1
|
1938
|
1959
|
1974
|
1995
|
|
Monnaie fiduciaire
|
59,2
|
42,8
|
25,6
|
14
|
|
Monnaie scripturale
|
40,8
|
57,4
|
74,4
|
86
|
|
(source Insee)
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||||
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(*) : M4 auparavant L, est égal à l’ensemble de la masse monétaire
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Cependant, le théorème A + B fut énoncé par Douglas alors que l’émission monétaire, notamment en Grande Bretagne, avait encore pour contrepartie une parité or. Dans ce contexte, quels que fussent les besoins de l’économie, la Banque centrale ne pouvait réescompter les traites commerciales que si elle possédait une contrepartie or. La déficience du pouvoir d’achat était alors manifeste, d’autant que la production, au XIX e siècle, était soumise aux aléas des rentrées et sorties d’or du pays.
Mais, au sortir de la première guerre mondiale, avec l’abandon progressif de l’étalon or, les banques de second rang, pallièrent cette déficience chronique du pouvoir d’achat en anticipant la production par des mécanismes de duplication monétaire et d’émission de « faux droits » contre remise des promesses à payer escomptées au public (cf. Chapitre I).
L’analyse de Douglas, écrite durant cette période, dénonçait, certes, le manque de crédit inhérent à l’assujettissement aurifère de la monnaie, tout comme le fit avant lui P.J. Proudhon dans sa tentative d’organisation du crédit en 1848 - 1849, mais surtout elle proposait d’équilibrer dans le temps le flux des biens et services au circuit monétaire, à l’aide de deux variables : sa vitesse de circulation et son émission. Il s’agissait donc de contrebalancer simultanément les mouvements de la production, dépréciation et accroissement, aux mouvements de démonétisation ou de rémonétisation, c’est-à-dire de transformation des moyens de paiement en épargne et inversement, par deux procédés d’émission monétaire, le dividende et l’escompte compensé.
Si le dividende entend accroître, par une expansion monétaire simultanée, le pouvoir d’achat des consommateurs, l’escompte des prix accordé par les producteurs et les fournisseurs permet d’atteindre le même équilibre entre le pouvoir d’achat immédiat collectif et les prix collectifs de la production. Mais, dans cette dernière figure, la Banque centrale compensera les producteurs et les fournisseurs d’un volume de crédit social identique qui leur permettra de retrouver le niveau de financement de leurs investissements et d’établir entre les différents métiers et professions de la production une compensation de type corporatif.
TECHNIQUE DE L’ESCOMPTE COMPENSE
ET DU BON D’ACHAT
Pour illustrer cet ajustement, reprenons l’exemple de Louis Even dans « Sous le signe de l’abondance ». Prenons l’hypothèse d’un pays qui a fourni en biens de capital et de consommation une production totale évaluée à 120 millions de francs pendant une période déterminée. Dans le même temps, les dépenses totales de la population se sont élevées à 90 millions de francs.
Si le prix demandé par le producteur pour acquérir un bien est de X francs, le prix ajusté que paiera effectivement le consommateur sera de X. 90/120 = X.3/4 = X. 0,75/1, soit une baisse de 0,25/1. Le consommateur bénéficiera donc d’un escompte de 25 % qui sera compensé aux différentes branches productives par la Banque centrale.
Deux techniques peuvent alors être envisagées :
- Le Bon d’achat grâce auquel le bien est vendu au prix demandé par le fournisseur producteur tandis que le client consommateur reçoit une compensation équivalente à l’escompte sous la forme d’un crédit auprès de la Banque centrale.
- L’escompte compensé avec lequel le bien est vendu au prix escompté. L’escompte est alors compensé au fournisseur par la Banque centrale.
Ici, l’expérience, la pratique, la commodité prévaudront pour déterminer, selon le type de produit et la nature des transactions, la technique appropriée.
Toutes les entreprises, quelles que soient leur taille et leur nature, pour peu qu’elles indiquent leur bénéfice moyen sur leur chiffre d’affaires et pratiquent des prix leur permettant de préserver celui-ci, pourront ainsi bénéficier de cette compensation.
Il leur suffira pour cela de se faire enregistrer auprès des autorités compétentes. Le contrôle en la matière reviendra aux différentes corporations professionnelles fédérées (cf. seconde Partie). Celles-ci pourront ainsi promouvoir entre elles des compensations mutuelles. Cependant, chaque entreprise, producteur et fournisseur, restera libre de bénéficier de cette mesure. Mais, leur handicap sera d’autant plus grand que le taux de l’escompte sera élevé, et le produit vendu meilleur marché. Toutefois une entreprise incapable de produire un bénéfice après plusieurs exercices pourra être exclue de cet avantage compétitif dans la mesure où, si elle ne sait dégager ni bénéfice ni investissement, cette compensation reviendrait en fait à lui offrir des subventions et à dériver ainsi vers un assistanat d’entreprises, contraire à la philosophie sociétale de nos propositions.
Il reste que si la réforme financière créditiste tend à l’abolition progressive des taxes telles qu’elles se présentent aujourd’hui [2], il peut arriver que l’escompte compensé soit nul ou négatif. Ceci pourrait être, par exemple, le cas lorsque l’activité économique traverse une phase de récession. Dès lors, le volume de crédit social à annuler doit être supérieur à celui qui sera émis lors de la période suivante. L’escompte compensé est alors absorbé par le mécanisme précédemment exposé de remboursement du volume de crédit social sur la consommation.
Hormis ce cas d’école, le prix ajusté, par bon d’achat ou escompte compensé, a pour fonction de rendre la valeur de la production globale parfaitement équilibrée à la consommation exprimée en pouvoir d’achat. Si, sauf pour les biens ne bénéficiant pas du prix ajusté, tous les articles de production du pays sont payés, dans notre exemple précédent, aux 3/4 de leur coût de production, et compensés au 1/4 restant, les consommateurs pourront obtenir toute la production de 120 millions de francs avec 90 millions de francs de pouvoir d’achat immédiat. Le prix ajusté peut donc s’exprimer le plus simplement possible comme étant :
le prix marqué x Consommation + Exportation
Consommation + Importation
Il n’y a donc plus d’entrave financière à la consommation, si l’on excepte celle qui s’articule autour de l’épargne, et qui, à terme, reviendra dans le circuit de la monnaie de circulation pour l’acquisition d’un bien de capital [3]. La mévente d’un produit devient alors un indicateur du marché qu’il conviendra de suivre lors des prochains cycles de production. Le consommateur, libre, car solvable, sanctionne en effet, par l’abstinence, le produit dont il ne ressent pas le besoin, et oriente ainsi la ligne directive de la production.
Le faux besoin, nécessaire à l’entrepreneur dans le système capitaliste, pour compenser la baisse tendancielle de son taux de profit, est éliminé puisque le consommateur dispose avec ce mécanisme de prix ajusté d’un véritable pouvoir sélectif des besoins ressentis.
L’AMORTISSEMENT ET L’ANNULATION
DES VARIABLES
Prenons maintenant un deuxième exemple : Supposons que le prix de la production proposée à la consommation soit de 10 et le pouvoir d’achat effectivement disponible (c’est-à-dire les moyens de paiement regroupés dans l’agrégat monétaire M1) de 8. Le rapport P/C (Production/Consommation) s’inscrit 10/8 ou 1,25/1 alors qu’il devrait être de 1/1 (un) pour atteindre son but. Comme 8 ne peut pas acheter 10, un escompte abaisse le prix de la production de 2 points, ou ramène le prix de 1,25 à 1, afin que la production rencontre la consommation. Cette opération d’escompte de 25 % est compensée d’un montant identique aux fournisseurs, ce qui leur permet de rééquilibrer leur budget (charges, marges bénéficiaires...). Cette compensation leur est garantie par la Banque centrale. Il s’agit donc là d’un coefficient d’ajustement des prix ou de régulation monétaire.
Comme nous l’avons vu, différentes variables peuvent infléchir les prix et les faire grimper. On sait cependant que la répercussion d’une hausse des prix n’a rien de mécanique, et qu’à l’exception de quelques cas isolés, les fournisseurs répugnent à ces hausses de prix imprévisibles [4]. C’est pourquoi la garantie d’être compensés par la Banque de France doit leur permettre de ne pas répercuter sur la consommation finale ces hausses de prix incontrôlables. Il est évident que l’ampleur de ces hausses n’est pas identique pour chaque produit ou service mis en vente. Si nous limitons cette approche aux incidences d’une hausse de matières premières incorporées dans le bien produit, par exemple, les répercussions sont d’inégales grandeurs selon que la fabrication du produit final fasse appel à peu ou beaucoup de ces matières premières.
Il appartient, avons-nous dit d’autre part, aux groupes professionnels fédérés au sein d’organisations professionnelles corporatives, de déterminer la nature et les incidences de ces hausses, puis d’en justifier le coût et les effets auprès de l’Institut d’émission monétaire. Si la participation au mécanisme d’émission monétaire par l’escompte compensé leur est consentie par les partenaires sociaux, notamment locaux, l’escompte consenti à la clientèle annulera cette hausse à sa source. Elle ne viendra donc pas réduire le pouvoir d’achat collectif des consommateurs. Les fournisseurs, bénéficiaires de la compensation, n’auront plus à comprimer leurs marges bénéficiaires au détriment des investissements futurs.
Expliquons nous. Pour ce faire, nous allons comparer la régulation du prix d’un bien affecté par la raréfaction d’une matière première, d’une multitude d’incidents et d’événements qui peuvent toujours déprécier notre appareil productif, importés ou internes, selon le mode d’émission monétaire de notre actuel système financier et selon le mécanisme créditiste de l’escompte compensé.
I : REGULATION DES PRIX
SELON LE MECANISME FINANCIER ACTUEL
Nous disons qu’une variable, hausse des charges sociales ou financières, du prix d’une matière première ou d’un produit semi-fini, d’une raréfaction des débouchés, renchérit le coût d’une (ou de plusieurs) production(s) donnée(s).
Premier cas - Le fournisseur répercute cette hausse sur ses prix. La masse monétaire en circulation (moyens de paiement de l’agrégat M1) ne peut plus satisfaire la demande globale de biens exprimés en monnaie.
Première réponse : Afin de rééquilibrer l’offre à la demande, les agents économiques réalisent (remonétisent) leur épargne (M3 - M1), ils désinvestissent. Il s’agit là du commencement d’un mécanisme de récession économique engendrant moins d’investissement, donc moins de richesses à créer, et par conséquent moins d’emploi.
Deuxième réponse : Les agents économiques ne désinvestissent pas, mais préfèrent emprunter pour boucler leurs trésoreries. Il y a donc création monétaire ex-nihilo, et anticipation d’une épargne qui n’est pas encore formée. Aussi la masse monétaire (épargne constituée + moyens de paiements + monnaie ex-nihilo) se gonfle et devient supérieure à la valeur des biens exprimés en monnaie. Il s’agit là du mécanisme inflationniste classique.
Second cas - Le fournisseur ne répercute pas cette hausse sur ses prix.
Première réponse : Il comprime ses marges bénéficiaires et, de fait il devra réduire l’investissement. C’est le début du mécanisme de récession précédemment cité.
Deuxième réponse : Il peut, de la même façon, ne pas redistribuer les gains de productivité aux salariés, c’est-à-dire comprimer la masse salariale. Ici le fournisseur privilégiera l’investissement au détriment des salariés. C’est l’austérité. Les salariés ne comprennent pas pourquoi leurs salaires sont comprimés tandis que les profits augmentent. Si logiquement la création d’emplois ne doit pas diminuer puisque l’investissement n’est pas réduit dans l’opération, il y a un nouveau partage de la valeur ajoutée au détriment des salariés qui ne retrouvent plus leur pouvoir d’achat précédent.
Bien évidemment nous savons que ni l’investissement ni la masse salariale ne sont aussi systématiquement privilégiés ou réduits, d’autant que c’est au niveau de chaque entreprise, selon son approche micro économique, que se dessine le nouveau partage de la valeur ajoutée. Nous pouvons d’ailleurs introduire un autre agent, l’Etat, qui peut choisir entre la récession ou l’inflation, selon qu’il préfère un resserrement ou un relâchement de sa politique monétaire, tout comme n’importe quelle entreprise, sans que l’idée générale énoncée ici soit contredite. C’est la politique du « stop and go », où l’arbitrage entre l’inflation et le chômage apparaît comme la contrainte de base de la régulation monétaire conjoncturelle.
Face à une hausse des prix, le système financier actuel nous oblige ainsi à choisir entre l’inflation pour maintenir la croissance ou la récession pour combattre l’inflation. Dans tous les cas de figure, il nous force à changer le mode de partage de la valeur ajoutée pour favoriser les groupes qui, selon le bon gré de l’Etat, en ont le plus besoin ou ceux dont les représentants sont majoritaires dans le gouvernement. Qu’il s’agisse de déterminer l’intérêt général ou de servir certains groupes de pression, ce nouveau partage va accorder des rentes aux uns sans en compenser les autres. Il s’en suit naturellement un conflit permanent entre salariés et employeurs, épargnants et emprunteurs, Etat et fournisseurs.
II : AJUSTEMENT DES PRIX
SELON LE MECANISME REGULATEUR CREDITISTE
DE L’ESCOMPTE COMPENSE.
Nous disons à présent qu’une variable, hausse des charges financières, du prix d’une matière première ou d’un produit semi-fini, d’une raréfaction des débouchés, renchérit le coût d’une (ou de plusieurs) production(s) donnée(s).
Les organismes corporatifs constatent la hausse du coût de cette production, ils la font apprécier et enregistrer auprès de l’Institut monétaire, la Banque centrale. La participation au mécanisme d’émission monétaire de l’escompte compensé leur est accordée.
Les fournisseurs escomptent alors le prix de vente de leur production du montant de la compensation qui leur est consentie par la Banque Centrale. Ils ne vont donc pas répercuter cette hausse. Les prix collectifs à payer restent égaux aux moyens de paiement.
Dans un second temps, sur justificatif de l’escompte consenti à la consommation finale, la Banque Centrale accroît la masse monétaire en compensant ces corporations d’un montant identique. Les fournisseurs restent parfaitement libres de convertir cette compensation en placements et investissements, ou en moyens de paiement, donc en pouvoir d’achat immédiat. Cette compensation intervient après la diffusion dans le pays des produits dont les prix sont en hausse. Elle autorise ainsi les producteurs à retrouver les conditions d’équilibre du partage de la valeur ajoutée. Nous constatons qu’il n’y a pas eu d’excès de la demande globale exprimée en monnaie par rapport à l’offre de quantités produites.
La fraction de crédit social que la Banque centrale a consentie aux fournisseurs sous la forme d’une compensation de l’escompte, accordée aux prix à la consommation, a comme contrepartie la création de nouvelles richesses intervenue pendant la période de diffusion dans le pays des produits surenchéris. C’est-à-dire que l’accroissement des richesses nouvelles, la croissance de la production, est venue annuler les effets inflationnistes ou de récession de la hausse du prix de certaines matières premières. La création monétaire a suivi l’accroissement des richesses produites, elle ne l’a pas devancé comme précédemment. En effet, là où l’appoint du crédit bancaire avec intérêt venait financer le surcoût du prix d’achat en se répercutant sur les prix de vente, l’escompte à la clientèle va permettre de maintenir le prix de vente à son niveau antérieur tandis que sa compensation financera, sans demander d’intérêt, le surcoût du prix d’achat.
Le financement de la hausse est alors supporté par l’autre source d’émission monétaire du système créditiste : les dividendes familiaux. Cette hausse est alors amortie par l’ensemble de la nation, dans le temps si les impératifs sociaux l’exigent, mais à court terme. Ainsi, cette compensation diminuera, au pire, le montant global de la partie variable du dividende familial, mais n’altérera en rien les potentialités productives de la nation. En période de stabilité de prix, la croissance de l’activité économique est alors répartie mutuellement entre les corps de la production, par le mécanisme de l’escompte compensé, et les familles, par le dividende, en fonction de la volonté mutuelle exprimée par les différents acteurs sociaux participant aux échanges économiques.
L’émission monétaire du crédit social va donc emprunter deux voies complémentaires, l’une accroîtra le revenu des consommateurs, l’autre facilitera la circulation de la production. Aucune des deux parties de l’échange ne sera spoliée. Ces deux voies équilibrent mutuellement le pouvoir financier détenu par la sphère productive et par la sphère domestique.
Il appartiendra alors aux fournisseurs producteurs et aux consommateurs de négocier, de façon contractuelle et commutative, au plus bas niveau social, en fonction des conditions qui leur sont propres, la répartition du crédit social, franc d’intérêt, entre les deux pôles de l’échange.
49 : « The monopoly of credit ».Nous avons traduit par « taux » l’expression « rate » employée par C.H. Douglas. Ce terme impliquant également la notion de vitesse, on retiendra surtout que c’est la différence de vélocité monétaire des groupes A et B qui exprime la déficience constante du pouvoir d’achat immédiat et le recours constant au crédit ex- nihilo
50 : Dans le cadre d’une Fédération spatiale et organique, l’Etat ne peut se concevoir que comme l’agrégation des corps intermédiaires, territoriaux et fonctionnels. En fonction du principe de subsidiarité, l’Etat confédéral envisagé du dernier niveau, ne se voit plus attribuer que des missions supplétives que les organismes de plus bas niveau ne peuvent accomplir par eux-mêmes. Son action devient donc subsidiaire et s’inscrit en complément et coordination des différents organismes décentralisés. Dès lors, son budget s’amoindrit d’autant qu’il rétrocède les pouvoirs aux organismes plus proches des populations.
51 : A cet effet, seuls les biens de production consommables ont été retenus. Les biens d’équipement supposant une épargne préalable sont, dans ce schéma, financés par des capitaux ne constituant pas un pouvoir d’achat immédiat, et donc assimilés au groupe b.
52 : Dans le système actuel, le fournisseur n’a pas le choix : soit il répercute la hausse des prix avec l’inflation qui l’accompagne, soit il ne la répercute pas, avec la baisse de l’investissement ou la non distribution des gains de productivité future que cela implique. Il ne lui reste plus alors qu’une solution si, par la force des choses il refuse ces contraintes : emprunter.
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